LA FIGURE DE L’ETRANGER EN FRANCE

La figure de l’Etranger en France – Processus d’altérisation dans le cadre national et reconfigurations à l’ère néolibérale

Jacques Toubon est le Défenseur des droits de la République Française, autorité constitutionnelle indépendante créée par la révision constitutionnelle de 2008 et chargée de défendre les droits de citoyens face aux administrations, mais promeut également les droits de l’enfant et lutte contre les discriminations. Le lundi 12 juin dernier, en visite dans la région des Hauts-de-France, ce dernier dénonçait « des atteintes aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité » portées aux migrants autour de Calais depuis la destruction du camp de réfugiés, également appelé la « jungle », en octobre dernier. Dans ce communiqué, il révèle la volonté des pouvoirs publics et de la préfecture de ne plus voir aucun étranger en situation irrégulière autour de Calais et du tunnel sous la Manche qui mène en Angleterre (raison pour laquelle ces réfugiés arrivent des quatre coins de la planète et se retrouvent dans le nord de la France) et de mettre à ce sujet tous les moyens en oeuvre pour empêcher toute forme d’installation autour du tunnel. Les quelques 500 à 600 réfugiés présents actuellement autour de Calais sont traqués jour et nuit, se voient privés de toutes formes d’abris et sont donc dans l’obligation de dormir à même le sol, peu importe les conditions climatiques, souvent pas plus de deux à trois heures consécutives, en raison des menaces des autorités. Les témoignages de réfugiés se multiplient concernant les violences policières et leur incapacité à avoir accès aux différentes procédures d’asile et d’hébergement prévues par la loi française. Les points d’eaux auparavant présents ayant été supprimés, les réfugiés ne peuvent s’abreuver ni se laver à leur guise, leur survie dépendant simplement de l’aide apportée par les associations présentes sur place. On empêche d’ailleurs à ces dernières de mettre en oeuvre les dispositifs les plus élémentaires nécessaires au respect des droits humains : distribution de nourriture et d’eau, de couverture, douches, etc. Elles sont mêmes également harcelées à leur manière puisque leurs membres sont menacés de poursuites judicaires au motif d’aide au séjour irrégulier, leurs véhicules sont ciblés et verbalisés, et certains de leurs locaux sur le point d’être fermés pour non-respect de normes sanitaires. Cette situation conduit le Défenseur des droits à parler de « déni d’existence des exilés » de la part des pouvoirs publics et appelle à mettre fin à cette situation indigne de la part d’un pays comme la France. Dans un sens, il est vrai que la situation calaisienne est sans précédent,

En bref, la France semble encore enfermée dans sa propre structure coloniale, qui ne sont qu’un prolongement ou la reproduction, sur son propre sol, des politiques menées dans les pays qu’elle a occupé pendant de nombreuses décennies. Cela a pour effet l’absence de toute autocritique ainsi que de remise en question du passé et du présent. On aurait tort de ne pas insister sur une forme de spécificité française à ce sujet, non pas que la France eut été le seul pays à avoir pratiqué le colonialisme ou à avoir occupé d’autres territoires et commis des massacres en leur sein, mais plus parce qu’elle s’obstine à ne pas adopter de regard critique sur son passé et que, dans une sorte de cercle vicieux, reproduit certains des mécanismes ‘expérimentés’ hors de la métropole. Nous pouvons employer la métaphore de la ‘fonction-miroir’ pour qualifier le rapport entre la société française et son passé colonial puis son immigration, issue elle-même de ce passé colonial, où les attaques contre les immigrés révèlent les crises traversées par la société française. Nous pouvons à ce propos citer Balibar pour qui « les Allemands, dans leur majorité, ont tiré du fascisme et de la guerre froide des leçons que les Français n’ont toujours pas tirées de l’histoire coloniale et néocoloniale50 ». Cet aveuglement vis à vis de ce passé xénophobe institutionnalisé par la république « constitue l’une des explications à la puissance du système discriminatoire que l’on a pu qualifier de ‘modèle français de discrimination’. Le défaire commence par en prendre la mesure, au sens propre comme au sens figuré».
Toutefois, gardons-nous de voir dans la situation actuelle, une unique et stricte reproduction du passé, faisant fi des particularismes contemporains et des dynamiques actuelles. Comme le souligne Emmanuelle Saada, il est important « d’abandonner l’hypothèse d’un lien univoque entre le racisme colonial et les discriminations contemporaines» et plutôt que de tracer un fil conducteur entre le passé et le présent, chercher à opérer une analyse des deux situations données en comparant les similitudes, mais aussi les différences. Elle parle de « prendre la mesure des continuités comme des discontinuités entre les formes de racisme déployées aux

Gabriel Brac

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